Des solutions, j’en ai plein – km 7836

Je ne peux pas vraiment dire que je suis en vacances, parce que pour être en vacances, il faut avoir un emploi et comme je n’en ai pas je ne peux pas prendre de vacances. Par contre si vous me demandez ce que je fais dans la vie, je réponds que je suis aventurier… c’est vrai, le salaire est vraiment pas bon (même que je paye de l’argent), sauf s’il peut être calculé en découvertes, expériences et plaisir, alors là, je me sens comme une super star – très bien payé merci ! Alors comme aventurier, j’ai un bureau avec une super vue, qui change tout le temps, pas beaucoup de pression de mon patron et un horaire flexible. Mon bureau, c’est mon vélo et j’y passe environ 6 heures assis, les jours où je travaille (y,a les jours fériés, les vacances, peut pas vraiment travailler plus de 40 heures par semaine sinon, il faudrait être payé temps et demi pis en plaisir, c’est dur à faire). Au bureau, j’ai pas de projets particuliers, j’ai seulement à penser et regarder la route une fois de temps en temps – question de pas trop me perdre…

Je prends donc le temps de trouver des solutions aux problèmes de la planète et des solutions, j’en ai ! Pis avec l’internet, je peux me tenir au courant des problèmes qui habitent le Québec. Donc, premièrement pour régler les problèmes dans la construction et plus particulièrement dans les routes, je suis rendu un expert. J’ai fait un peu de route ces temps-ci et comme je ne roule pas très vite, j’ai le temps de bien observer les différentes méthodes / matériaux / techniques / pratiques / politiques de construction. Alors pour régler les problèmes des routes qui craquent et qui sont pleines de trous j’ai un paquet de solutions pour le ministère des transports : si on pense à long terme, la meilleure solution, c’est de devenir membre de l’Union européenne. Je sais, le Québec, c’est pas vraiment en Europe, mais techniquement la Turquie non plus, alors ça pourrait marcher. C’est aussi pourquoi j’ai mis ça dans la catégorie des solutions à long terme… ça va donner le temps au gouvernement de faire toutes les démarches nécessaires. Pourquoi je pense que c’est une solution ? Avez-vous vu les routes en Lettonie ? Elles sont presque parfaites. Flambant neuves avec des belles pancartes « réalisé grâce au support de l’Union européenne ». Y’a des exemples pareils en Estonie, en Lituanie, en Pologne (sauf que comme c’est un grand pays, il reste un peu de travail à faire) et même en Espagne. Je sais, à quoi ça sert des solutions à long terme quand on vient de défoncer la suspension sur sa Honda Civic ? Il nous faut des solutions à court terme !

Ben j’en ai aussi ! La première, mais je pense que je me suis déjà fait scooper par le gouvernement là-dessus : engager des firmes d’ingénierie et de construction espagnoles. Y’a une expertise en construction pas mal inégalée ici. Vous le savez peut-être, mais l’Espagne connait une certaine crise économique ces temps-ci. Un mélange de dette élevée, de chômage important et de marasme économique. Le tout causé principalement pas une bulle de la construction qui vient d’éclater. Comment, dites-vous, cela peut-il être bon pour le Québec ? Eh bien voilà : les Espagnols sont dans la dèche parce qu’ils ont trop construit et que toute l’économie tournait autour de la construction et qu’ils ne pensaient qu’à construire et qu’ils ont mis en chantier tout ce que l’on peut imaginer mettre en chantier. Résultats, ils ne savent à peu près rien faire d’autre que construire et avec un taux de chômage qui tourne autour des 25%, y’a un paquet de gars de la construction qui se cherchent du travail et qui seraient prêts à travailler pour pas cher pas cher. En plus, ils travaillent bien et vite. Par exemple, j’ai moi-même subit les effets de leur efficacité. Vous le savez déjà, je fais mon aventure sans GPS et j’ai seulement des cartes routières quand j’en trouve dans les bureaux de tourisme. Je planifie donc ma route en utilisant beaucoup internet et surtout Google Maps. Ben, l’autre jour, sur la côte de la Méditerranée – au sud de Valencia, j’avais planifié ma route le soir pour le lendemain et regardé les images satellite sur internet. Ça fait pas 25 km que je roule et paff devant moi, une route toute neuve vient d’apparaitre – pis pas la petite route non plus, deux voies dans chaque sens avec des ponts des tunnels pis tout pis tout. Ils ont construit ça durant la nuit parce que sur Google Maps c’était pas là hier. Pis du beau travail en plus, même les lignes étaient sèches et les panneaux de signalisation accrochés.

Une chose que j’ai réalisé en cours de route, c’est que les cartes routières (papier ou sur internet) ne présentent pas toute l’information. Peut-être que les cartographes pensent encore un peu comme Christophe Colomb. Ben j’ai des petites nouvelles pour vous : la terre n’est pas plate et vos cartes me cachent quelque chose. Je l’ai VRAIMENT réalisé à mon entrée en Espagne en venant de la France. À la frontière, il y a une petite formation géologique que l’on appelle amicalement les Pyrénées. Je regarde sur internet (encore Google Maps) pour trouver la meilleure route pour moi pauvre cycliste. Je clique sur l’option « éviter les autoroutes » et planifie mon chemin. Seulement 70 km à faire dans la journée, il fait beau et il n’y a pas de vent – pfffffff facile. Sauf que, ce que Google Maps ne dit pas c’est que je devrai monter 700m de dénivelés sur une route de campagne qui après un moment (quelques heures en réalité) devient en gravier puis en terre. Le tout pour m’amener à la frontière où la route redevient asphalté (avec accotement – merci !). Ça été l’une des plus dures journées de mon aventure. Le pire c’est qu’il y avait une autre route (qui avait un numéro d’autoroute, mais qui n’en est pas une) qui ne montait qu’à 200m. Est-ce que je suis fâché / déçu de la chose ? Non, je suis satisfait. J’ai souffert durant la montée, j’ai eu mal aux jambes pendant 3 jours et j’ai sué comme un cochon et j’ai réussi même quand je ne pensais jamais arriver au sommet. Et pour me féliciter, il y avait un beau chien de berger qui m’a accueilli en traversant la frontière. Accueilli, c’est une façon de parler – son troupeau de mouton traversait la route et pour lui je devais être une menace parce qu’un chien de berger, qui a l’air d’un gros toutou, ça peut grogner et montrer les dents. Je toute façon j’avais besoin d’une petite pause de 10 minutes avant d’entamer les 15 km de descente qui se présentaient devant moi (oh quel délice…)

Délice est le mot que défini le mieux mon Espagne, oui, c’est devenu MON Espagne – je l’ai adopté ! Pour ses délices culinaires et pas seulement la paella, mais aussi le poulet grillé, le poulet en sauce, les fruits de mer, les clémentines, les olives de toutes sortes, le jambon, le touron, les churros, le vin rouge ou blanc, le cava et toutes les autres merveilles que j’ai pu y manger. La cuisine espagnole est plutôt simple, mais très goûteuse et favorise la fraîcheur les aliments. En plus, c’est pas très cher en comparaison avec le reste de l’Europe. Un des bons côtés de la crise économique. Pour un cycliste que consomme deux fois plus de nourriture qu’une personne normale, c’est comme remplir mon réservoir avec du super sans plomb au prix de l’ordinaire. L’Espagne c’est aussi un délice pour les yeux. J’y ai vu des paysages extraordinaires. C’est sûr qu’en longeant la côte de la méditerranée, je n’ai pas tout vu, mais ce que j’ai vu était assez beau merci. Il y a beaucoup de montagne, des plages de sable blanc et même des déserts. Je pense que je ne répèterai jamais assez, le vélo est un des meilleurs moyen de transport pour faire du « slow travel » (inspiré du « slow food ») parce qu’il oblige à utiliser les petites routes, celles qui passent par les petits villages ou qui longent le long de la mer ou qui nous amènent dans les villages qui étaient prospères il y a 50 ans. Les anciens villages miniers avec les équipements en ruine ont tout un charme comme le désert de Tabernas (c’est pas un gros mot), là même où Sergio Leone filmait ses « western spaghetti ». On pourrait penser que toute la beauté se trouve en campagne et qu’il n’est reste plus pour les villes. Heureusement, il en reste plein pour les villes. Barcelone est vraiment extraordinaire avec sa plage, la Rambla et son architecture art nouveau lègue du génie de Gaudi. Signe qu’il ne faut pas se fier à sa première impression, j’ai roulé dans Barcelone en arrivant du nord vers 15h un samedi et la ville semblait morte. Il n’y avait personne dans les rues et tous les commerces étaient fermés, heures de la sieste obligent. En plus, le warmshower qui m’accueillait ce jour là habitait tout en haut d’une côte. J’en ai sué quelques gouttes et je n’étais pas impressionné par la ville. Pas trop grave, j’avais seulement prévu y rester deux ou trois jours – le temps de visiter la Sagrada Familia. Je me suis vite rendu compte que de l’appartement en haut de la côte, j’avais une vue imprenable sur la ville et le parc Guëll et que la ville a un charme indéniable. J’y suis finalement resté une semaine. Je pourrais vous parler des charmes de Valancia, un peu plus au sud avec sa vieille ville compacte ou sa cité des arts et des sciences, de la transformation du lit de la rivière Turia en un immense parc long de plusieurs kilomètres. Je ne pourrais jamais rendre justice à la beauté la ville.

Enfin, le délice des gens que j’ai rencontrés ou croisés sur ma route. On pourrait penser que le paradis des cyclistes se trouve en Hollande au Danemark ou en Suède. On se tromperait, il se trouve en Espagne. Il n’y a pas beaucoup de pistes cyclables, mais les routes sont en excellente condition, les accotements sont larges et les automobilistes ultra-respectueux. Ils ralentissent en laissent beaucoup de place aux cyclistes. Et des cyclistes, il y en a sur toutes les routes. J’ai dû en croiser des centaines. Ça fait tellement de bien de se faire saluer avec un grand sourire, un bravo ou simplement un hola! Je me sentais comme dans un grand club cycliste. J’ai même croisé quelques professionnels, les mêmes qui courent dans le Tour de France. Un grand nombre d’entre eux choisissent le sud de l’Espagne comme lieu d’entrainement en hiver. C’est assez impressionnant de partager la route avec eux sauf qu’ils ne sont pas très forts pour saluer. Faut croire que le vélo est rendu sérieux à ce niveau là!

En fait, ce n’est pas un club cycliste, mais une famille cycliste. C’est comme chez mon warmshower de Barcelone – en haut de la côte – Adela, elle était une des deux warmshowers qui étaient prêts à m’accueillir. J’ai choisi son sofa plutôt que le plancher de Chris. Le soir de mon arrivé chez Adela, elle recevait quelques amis. Elle me présente entre autre son amie qui dit tout de suite : « salut Erick » avant même que j’ai pu dire mon nom. C’était Chris – mon plan B. On aurait pu croire à une coïncidence… Je suis arrivé à Valencia avec une heure de retard et mon warmshower n’était pas là pour me recevoir. J’ai attendu un peu. J’avais vu une cabine téléphonique au coin de la rue et j’ai décidé d’appeler Silvia pour lui dire que j’étais arrivé et que je l’attendrais devant la porte. J’essayais de comprendre comment le téléphone fonctionnait quand un barbu à l’air sévère s’approche de moi et me dit de venir avec lui en espagnol. Mon air perplexe devait trahir mon inquiétude et il m’a dit « yo soy el papa de Silvia » – fiew, c’était son père. Il venait porter une chaufferette au gaz à sa fille et m’avais vu avec mon vélo chargé comme un mulet. Je l’ai aidé à monter la chaufferette et y brancher le gaz. Silvia m’a raconté une anecdote qui lui était arrivé un peu plus tôt dans l’après-midi. Elle a croisé un ami qu’elle n’avait pas vu depuis un bout de temps au centre de Valencia. Elle lui a dit qu’elle ne pouvait pas parler trop longtemps parce qu’elle devait retourner à la maison pour accueillir un cycliste. Erick ? lui demande son ami. Oui, comment le sais-tu ? De lui répondre Silvia… C’était Josep, mon plan B à Valencia. Il habitait à 7 km à l’extérieur de la ville alors que Silvia était à 1 km du centre. Ma famille cycliste grandit au fil des kilomètres…

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