Comment ménager le porc et le chou ? – km 4943

Ou est-ce plutôt comment ménager la chèvre et le chou ? C’est que des chèvres je n’en ai pas vu beaucoup en Pologne, mais du porc, j’en ai mangé et du chou aussi.

Le meilleur et le pire en Pologne, ce pays qui m’a donné tant de surprises. Un autre pays pour lequel, à prime abord, j’avais certaines craintes. On m’avait dit tout au long de ma route, alors que je parlais de mes destinations futures, « fais attention en Pologne, c’est dangereux! » Eh bien, si on fait attention, comme partout, c’est pas plus dangereux. Par contre, tout n’est pas rose non plus. Alors aujourd’hui, je vous présente le meilleur et le pire du deuxième plus grand pays de l’Union Européenne.

Alors, commençons par le meilleur, parce qu’il y en a beaucoup plus que de pire. Tout d’abord les gens et leur accueil. Je suis arrivé en Pologne de Lituanie en passant par des petits villages de campagne. Bien sûr, personne n’y parlait anglais (encore moins français), mais on essayait quand même de m’indiquer le chemin vers le prochain hôtel du mieux qu’on pouvait. Et rendu là, c’était la même chose – on allait tout faire pour que mon vélo soit en sécurité pendant la nuit. Alors mon vélo a couché dans un garage, dans un enclos, dans ma chambre, dans la cage d’escalier et dans une salle de réception. Des fois, on dirait qu’il avait plus d’attention que moi. Et avec les gens vient la nourriture. En Pologne, ces deux éléments sont indissociables et chose très appréciée par un cycliste qui a besoin de 3000 à 4000 kcals par jour c’est qu’on n’a pas à faire un choix entre quantité et qualité.

Mon deuxième soir en Pologne, j’étais dans un petit hôtel au milieu de nulle part et quand je dis nulle part, il n’y avait pas d’autres habitations visibles dans toutes les directions. C’est là que mon vélo a eu droit à la salle de réception. Le propriétaire / barman / serveur / homme à tout faire ne parlait pas vraiment anglais et le menu était seulement en Polonais. Je ne suis même plus sûr qu’il y avait un menu, juste un tableau. Comment se comprendre ? Tout d’abord, il y avait la soupe, pour ça, on a eu recours à internet et la fonction de traduction de google. Il fallait seulement pour moi éviter la soupe aux tripes. Maintenant pour le plat principal, j’avais le choix entre du porc, du porc ou du porc accompagné de pommes de terre (bouillies, pillées ou rôties). Il ne restait qu’à choisir la partie de porc. Rien de mieux que d’indiquer sur son propre corps. Le propriétaire / barman / serveur / homme à tout faire s’est pris la cuisse, les mollets, le cou, et la fesse. J’ai choisi le cou. Ah aussi, je voulais des légumes donc on s’est entendu pour une salade. Quand mon plat est arrivé, j’ai compris que salade voulait dire salade de choux en Pologne. Et surprise, j’en avais trois sortes : crémeuse, vinaigrée et combo choux-betteraves. Je me suis régalé…

J’ai reçu le même genre d’accueil chez Dan, un Warmshowers à Cracovie. Dan est un Américain du New Jersey dont les parents sont Polonais. Il fait sa maîtrise en Pologne. C’est beaucoup moins cher qu’aux États et peut-être plus appropriées pour des études en politiques est-européenne. Il avait quelques plats traditionnels polonais cuisinés par sa tante (qui habite en Pologne) dans le frigo. Un autre festin. Qu’est-ce que j’ai mangé ? Du porc dans du chou, ça avait l’air de la choucroute, mais ça ne goûtait pas du tout la même chose. Chez Dan, j’ai aussi découvert le « luxe » de l’ère communiste. Il habitait dans un appartement d’époque, donc pas rénové. Le concept est simple : deux grandes pièces, une servait de chambre pour toute la famille et l’autre de salon / salle de séjour. Ensuite il y avait la salle de bain (sans toilette, qui se trouve dans le couloir, à l’extérieur de l’appartement), mais avec un petit bain et un lavabo. Et c’est tout. Les petits vites vont avoir remarqué qu’il n’y a pas de cuisine. Illogique en Pologne pays de la nourriture? Pas vraiment, chaque édifice avait une cuisine communautaire où les femmes faisaient la popote ensemble – communisme oblige. Tous les appartements ont maintenant une « cuisine » à l’intérieur, mais celle-ci peut prendre différentes formes. Chez Dan, les armoires, le frigo et le micro-onde sont dans le portique et la cuisinière dans la salle de bain. C’est logique, c’est là qu’on retrouve le chauffe-eau et l’entrée de gaz. La toilette est toujours dans le couloir. Dan dors dans la chambre à coucher et Matt dans le salon. Ça fait qu’il faut passer par la chambre de Matt pour aller dans celle de Dan.

Une amie Polonaise m’avait dit de ne pas aller à Varsovie, car ça ne valait pas la peine. De ne pas manquer Cracovie et si possible d’aller à Wroclaw. C’était pas du tout mon plan original qui était d’aller à Varsovie et à Poznan, mais même les fous changent d’idée on dirait. Elle m’a bien vendu Wroclaw : « tu pourras aller rester chez mon frère » Et pourquoi pas ? Tout d’abord, Wroclaw a été une belle découverte. Cette partie de la Pologne a longtemps appartenu à l’Allemagne et dans le centre historique, on retrouve une des plus grande place d’Europe. Ensuite, la femme de Wojtek fait de l’excellente nourriture. J’imagine qu’on lui a dit qu’un cycliste mange beaucoup parce qu’il y avait tout le temps quelque chose à manger devant moi. Ça ne faisait pas 5 minutes que j’étais entré dans la maison le premier soir que j’étais assis devant un bol de soupe, suivi de pâtes et d’un dessert. Plus tard dans la soirée, en prenant une bière avec Wojtek, elle nous a apporté des noix et des viandes froides. Un peu plus tard il y a eu d’autres desserts. Le lendemain, je suis allé faire le touriste et suis revenu à la maison à 16:30. À 16:38, je mangeais des perogies. Je pensais que c’était le souper et qu’on mangeait tôt – erreur, le souper allait venir vers 19:00. Je pense que j’ai digéré pendant deux jours.

Wroclaw - Pologne

Maintenant, le pire de la Pologne : tout d’abord, il y a les chauffeurs. Que ce soit en auto, en moto ou en camion, ils se prennent tous pour des pilotes de formule 1 et conduisent vraiment comme si la route leur appartenait. Mettons qu’on laisse pas beaucoup de place au petit cycliste que je suis. Autant ceux que vont dans le même sens que moi et qui viennent me frôler que ceux qui roulent en sens inverse et qui dépassent en prenant toute la voie, même si le suis là. À quelques occasions j’ai même dû me tasser complètement de la route pour ne pas me faire frapper. Heureusement, j’ai trouvé une solution pour apaiser un peu le stress : une lumière rouge clignotante à l’arrière que je mets le plus à gauche possible sur mon vélo. Les chauffeurs pensent que la lumière est au centre du vélo et me laisse plus de place. C’est réglé pour ceux qui roulent dans le même sens que moi. Pour ceux en sens inverse, un phare blanc à l’avant, mais sans le faire clignoter (ça ferait trop vélo). Je pourrais être une moto ou une auto avec seulement un phare qui fonctionne (de ça il y en a beaucoup en Pologne) et magie, on ne dépasse plus devant moi. Toutefois, il y un autre élément négatif, un peu lié au premier, que je n’ai pas pu corriger : les routes sont en conditions exécrables. Généralement, il n’y a pas d’accotement, plein de trous sur la bordure ou des ornières qui font plus de 20 cm de profondeurs et qui ont créé un bourrelet aussi haut. J’avais l’impression de rouler sur un vélodrome tellement il y avait de pente sur le côté, C’est vrai qu’à l’occasion quelqu’un a fait l’effort de réparer. On bouche les trous. Une bonne pelletée d’asphalte et on roule une ou deux fois dessus avec un camion. Avec le nombre de trous et de réparations, c’est plus bosselé qu’une route de terre. Pour les ornières, on râpe la bosse. Ça laisse une belle texture, genre planche à laver – très agréable.

Le pire toutefois, on le retrouve dans un autre moyen de transport : le train. Vous allez vous demander pourquoi je parle de train alors que je suis à vélo ? Bien, j’étais un peu fatigué de rouler sur les mauvaises routes, il commençait à faire plutôt froid, donc j’ai pris le train entre Cracovie et Wroclaw et entre Wroclaw et la frontière avec l’Allemagne. Premièrement, les voies ferrées sont en aussi bonne condition que les routes.  Ça brasse pas à peu près. En plus, ça oblige les trains à ralentir. Même les trains « express » ne peuvent rouler à plus de 30 km/h sur certaines sections. Ça rend le voyage un peu plus long. Ensuite, on n’a pas toujours le même niveau de confort dans les trains. Il y a trois types de train : les inters cités express qui arrêtent seulement dans les plus grandes villes, sont des équipements plus modernes et vont généralement les plus vite. Ensuite, il y a les inters cités qui arrêtent dans un peu plus de stations et donc roulent en moyenne un peu moins vite. Enfin, il y a les trains régionaux. Même les Polonais vous diront qu’on ne trouve rien de pire nulle part. Ces trains arrêtent dans toutes les gares, les wagons sont vieux et comme les billets coûtent presque rien, c’est surtout utilisé par la classe ouvrière. Là je ne veux pas faire de démagogie, ce sont des Polonais qui me l’on expliqué. La classe ouvrière n’est pas pire que la classe moyenne, sauf qu’ils fument un peu plus que les Polonais moyens qui fument déjà beaucoup et dans quelques boivent un peu plus. Je ne généralise pas je vais donner des exemples. Mais avant, quelques mises au point. Il est interdit de fumer dans tous les lieux publics en Pologne, y compris les trains. Toutefois, il y a peu de contrôle dans les trains régionaux et surtout dans le wagon à bagage / vélo / poussette / chaise roulante (la moitié arrière du wagon et pour les bagages et la moitié avant à des bancs comme un wagon normal). Comme j’ai un vélo et que je ne veux pas le laisser tout seul, je voyage dans le compartiment à bagages avec les Polonais qui s’en servent comme d’un fumoir. Dans le premier train régional que j’ai pris, on était trois à avoir un vélo. Dont moi (bien sûr) et un nageur d’une équipe provinciale qui s’entraîne à 100 km de chez lui – il était un des seul à parler anglais dans le compartiment et m’a expliqué certaines choses. Ensuite, il y avait quelques fumeurs et un jeune homme dans la vingtaine avec sa soeur sur le point d’accoucher. C’était un jeudi, en fin d’après-midi juste avant un vendredi férié. Plusieurs personnes se prenaient une petite bière, mais lui a bu tout seul une petite bouteille de vin d’un litre. Il fumait bien sûr et a décidé à un moment de chanter en anglais – pour que je comprenne. Mettons que du Scorpion chanté par un Polonais saoul qui ne parle pas un mot d’anglais et qui pense qu’il connaît les paroles c’est douloureux. Heureusement, il ne faisait que les deux tiers du trajet. Puis quand je dis heureusement, c’est autant pour moi que pour lui. Pas beaucoup de banc dans le compartiment à bagages et dans train qui brasse à cause de la voie ferrée bosselée et que l’équilibre est affecté par l’alcool ça donne quelques contacts visage – sol. Il s’est pété la gueule solide.

Froid matin à Cracovie

Je pensais avoir tout vu jusqu’à ce que je prenne mon deuxième train régional un peu plus tard en soirée. J’étais maintenant le seul vélo dans le compartiment à bagages et tous les autres occupants (une douzaine) étaient des fumeurs. Pouah, pas facile de respirer. C’est pas le pire. Au fur et à mesure que le train avançait de station en station, les gens devenaient de plus en plus nerveux et regardaient de plus en plus dans l’allée de la section avec des bancs. À un moment donné, quelqu’un dit quelque chose et dès que le train arrête en gare, presque tout le monde descend du compartiment. Le contrôleur s’en vient et de toute évidence ils n’ont pas de billet. En fait, je suis le seul dans le compartiment à bagages à avoir un billet valide. Trois autres passagers sont restés dans le compartiment pour affronter le contrôleur. À son arrivée, ils ont négocié avec lui (j’imagine, c’était en polonais) et ont quittés le train à la gare suivante. Par la suite, j’étais tout seul dans mon compartiment, pas de fumée et pas de wannabe chanteur de Scorpion.

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4 réflexions au sujet de « Comment ménager le porc et le chou ? – km 4943 »

  1. C’est bon du cochon!!!!:)
    Pas mal du tout tes images, belle compo pour ta 1ère avec le pont qui sort du coin.
    Toujours heureux de te lire et de savoir que tout va bien.

    Merci pour cette mise à jour.

    • Oui c’est bon du cochon !! Pour les photos, je fais de mon mieux. Comme je n’ai pas Photoshop, je publie comme ça sort du kodak, je coupe même pas les côtés si c’est pas beau. Méthode « old school » 🙂

  2. Cool ton récit. Personnellement, ça confirme l’opinion que j’avais de la Pologne, des gens simples et accueillants, mais pas la place la plus développée au monde… et au niveau de la bouffe, mon expérience me laisse croire que tu as plus droit à la quantité qu’à la qualité, mais avec tes besoins énergétiques, ça tombe bien!

    bonne route Erick

    alexis

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