La verte Allemagne – km 5113

Même si j’ai beaucoup apprécié mes aventures en Pologne, j’étais bien content de rentrer en Allemagne. Je ne sais pas, mais j’ai eu l’impression que l’air y était plus pur. C’est probablement juste dans ma tête. Ou parce que j’ai été marqué par les premières choses que j’ai vu en arrivant près de Varsovie et de Berlin :

Centrale électrique au charbon près de Varsovie

Ferme de panneaux solaires près de Berlin

J’étais aussi heureux d’arriver en Allemagne pour comprendre ce qu’on me dit et plus facilement être compris.
J’ai traversé la frontière à Frankfurt an der Oder– aussi connu sous le nom de : l’autre Frankfurt (Oder ça veut pas dire autre, c’est le nom de la rivière). J’allais ensuite pédaler quelques 100 km pour me rendre jusqu’à Berlin et y passer quelques jours. Je suis arrivé sans problème chez Matthias, le warmshower qui allait m’héberger dans la capitale. Il se décrit lui-même comme un cycliste carnivore qui vit avec trois végétariennes : sa femme et ses deux filles, Rosa et Jasmina. Les deux petites m’ont gracieusement prêté leur chambre, même si je ne suis pas certain que Jasmina 3 ans, comprenait pourquoi j’étais là.J’allais donc être à Berlin pour quelques jours. J’aurais pu y passer des semaines tellement il y a des choses à voir et à faire dans cet immense chantier de construction. Même que quand j’ai demandé à Matthias combien de temps je pourrais rester chez lui il m’a répondu :
– aussi longtemps que tu veux
– vraiment
– ben oui
La conversation originale était en allemand, mais c’est ce que ça voulait dire.
Des fois, je délaisse le vélo pour visiter les villes dans lesquelles j’arrête. C’est moins rapide pour se déplacer, mais ça fait changement pour les jambes. En plus, Berlin dispose d’un super bon système de transport en commun. Je ne vous parlerai pas des endroits que j’ai visités, sauf de deux un peu plus tard, parce que ceux d’entre vous qui êtes déjà allés à Berlin les connaissent et pour que la découverte soit plus agréable pour les autres quand vous irez visiter la ville. Et y’a pas d’excuse pour ne pas y aller. C’est probablement la ville la moins cher d’Allemagne et il y a des choses à faire et à voir autant pour les petits que les grands. Je vais plutôt vous parler de « mon » quartier : Prenzlauer Berg. C’est un peu comme Rosemont juste à côté du plus populaire Plateau (Mitte ici). Alors mon quartier se trouve dans la partie est de la ville, à la frontière avec la partie ouest (du temps du mur). La densité de la construction est assez importante, mais on ne se sent pas étouffé par les édifices de quatre étages qui nous entourent. Ces édifices à appartement datent d’avant la deuxième guerre mondiale ont été rénovés dans les années soixante-dix pour apporter plus de confort aux camarades est Allemand – cuisines et toilettes à même les appartements. Mattias m’a montré un jour les plans d’un appartement où il comptait peut-être déménager pour rapprocher les enfants de la nature. Le plan aurait pu être celui de l’appartement qu’il habite présentement tellement il est similaire. Dans le contexte égalitaire du communisme allemand, tous les appartements de Berlin étaient conçus de la même manière. Autant ceux qui étaient rénovés que les nouvelles constructions. Il y avait des variantes à une chambre, deux chambres ou trois chambres à coucher et dépendamment de la taille de la famille on obtenait le nombre de chambres en conséquence. Moi, je restais dans un deux chambres à coucher au quatrième étage, j’ai des plafonds d’au moins 3,5 mètres et un balcon qui donne sur la rue. Ce que j’aime de mon quartier, c’est qu’on trouve de tout, à distance de marche. Il y a l’épicerie bio à deux coins de rue, des parcs un peu partout, quelques boutiques de vélo, le tram au coin de la rue et une station de S-bahn (train léger de surface) à 10 minutes. Pas besoin d’auto, de toute façon, il y a des voies cyclables partout. Belle leçon d’urbanisme qui est un mélange de planification du début du siècle, de planification communiste et adaptation naturelle. J’aime mon quartier.

Il y aussi un gymnase tout près. L’autre jour, Matthias m’a demandé :
As-tu de plans pour la soirée?
– Non, que j’ai répondu.
– Veux-tu aller faire du sport ?
– C’est bon pour la santé le sport alors pourquoi pas… de quel sport parle-t-on ici ?
– Tamburello !
– Tambure quoi ?
– Tamburello.

Alors je suis allé jouer au tamburello et pas avec n’importe qui. Mes partenaires de jeux étaient des membres de l’équipe qui a représenté l’Allemagne au dernier championnat du monde. Il y avait peut-être seulement quatre pays représentés, mais c’est un détail. Le tamburello est un peu comme le tennis sauf qu’on utilise une tambourine à la place de la raquette et il n’y a pas de filet. On a joué au soccer pour se réchauffer et ensuite les pros nous ont montrés comment faire. C’était plutôt agréable et ça fait changement du vélo. Dès que je rentre au Québec je lance une fédération de tamburello – qui se joint à moi ?

Les images ne sont pas super claires, mais allez quand même voir http://www.youtube.com/watch?v=P-QAtd5jpRU

Avant de quitter Berlin, il y avait deux choses que je voulais voir (à part le Mur, la porte de Brandeburg, Potsdamer Platz, Checkpoint Charlie, et le reste…) : Hamburger Bahnhof et Bundestag (parlement). Tout d’abord Hamburger Bahnhof, cette ancienne gare a été converti en musée d’art contemporain. Deux raisons pour y aller : l’édifice lui-même est de toute beauté et la conversion en musée est extrêmement bien réussie. Le grand hall où se trouvaient jadis les quais d’embarquement devient une immense salle d’exposition parfaite pour les sphères gonflables et vivantes qui y étaient exposées. Et ensuite pour les différentes œuvres qui sont exposées dont le large « Mao » d’Andy Warhol. Tout ne m’a pas plu, mais j’y ai quand même passé plus de trois heures. Quant au Bundestag, il représente l’ancien et le nouveau Berlin. Siège du gouvernement déjà avant la deuxième guerre mondiale, l’édifice retrouve sa vocation après la chute du mur et après avoir connu une rénovation/transformation qui y ajoute entre autre un immense dôme de verre d’où on peut voir la ville (à moins qu’il y ait de la brume et que le soleil soit déjà couché). Tout d’abord, il faut y aller juste pour passer à travers la procédure de réservation. Il faut aller sur internet au moins trois jours avant la visite pour réserver sa place et donner de l’information pour l’enquête de sécurité. Attendre de recevoir une confirmation de l’heure de la visite, qu’il ne faut surtout pas oublier d’apporter avec sois. Une fois sur place, on montre notre passeport et notre confirmation, l’agent contre vérifie le tout avec sa liste et nous dirige vers le détecteur de métal. Une fois la sécurité passée, on nous guide vers l’ascenseur qui nous monte jusqu’à la base du dôme. Là, on prend un audioguide et hop sur la rampe circulaire qui mène tout en haut. Eh bien, quand l’agent de sécurité qui m’accueillait a vu mon passeport allemand et m’a demandé d’où je venais pour que je lui réponde que j’ai vécu toute ma vie au Canada, il a fait comme si j’étais l’enfant qui revenait à la maison après un long voyage. Il m’a vraiment fait sentir le bienvenu. Ensuite, je ne sais pas pourquoi, mais j’ai senti quelque chose de spécial dans cet édifice. Du dôme on voit la chambre où le gouvernement se réuni avec tous ses sièges bleus – je peux dire que j’étais un peu ému. Du point de vue architectural, l’édifice est assez bien réussi aussi.

Grand hall du Hamburger Bahnhof à Berlin

Bundestag - Berlin

Comme il faisait froid et que je n’avais aucun désir d’éventuellement rouler sous la neige, il me fallait dire au revoir à mon quartier de Berlin, Matthias, sa femme, Rosa et Jasmina.

J’ai pris le train pour traverser l’Allemagne et me rendre à Freiburg. Pourquoi Freiburg ? me direz-vous. Premièrement, traverser la frontière en train coûte vraiment cher et ensuite parce qu’à Freiburg il y a un autre quartier dont il faut que je vous parle. Freiburg im Breisgau (oui des Freiburg il y en a quelques-uns en Allemagne) est une charmante petite ville avec son secteur historique et sa cathédrale dans le Land de Bade-Wurtemberg près de la forêt noire. Toutefois, le quartier que je voulais voir c’est Vauban – un peu au nord du centre-ville. On retrouve environ 5000 personnes dans ce nouveau quartier qui fut érigé sur l’ancien site d’une base militaire française. Vauban était un général sous Napoléon. Le quartier a été conçu pour limiter les impacts environnementaux de ses habitants. Les édifices sont de densité moyenne (3 à 4 étages) et sont presque tous munis de panneaux solaires photovoltaïques. Il y en avait même un qui avait un tableau qui indiquait en temps réel la production d’électricité et le total pour l’année. C’était impressionnant de voir la production baisser au passage d’un nuage pour remonter tout de suite après. Les rues sont configurées pour limiter la présence de voitures. Elles sont presque toutes en forme de U avec des passages pour les vélos et les piétons sur les côtés et l’extrémité. Il y a une ligne de tram qui traverse le quartier pour se rendre au centre-ville. Résultat, 75% des ménages n’ont pas de voiture. C’est frappant quand on entre dans le quartier et qu’on n’entend rien si ce n’est du chant des oiseaux. Ensuite, il y a de la verdure partout, soit sous la forme de terrains privés ou partagés. On retrouve un potager sur la majorité d’entre eux. Comme les panneaux solaires ne peuvent combler tous les besoins en énergie, il une centrale fonctionnant à la biomasse qui fournit chaleur et électricité pour tous le quartier. J’aurais bien aimé mettre mon nom sur la liste d’attente pour un appartement. Le plus intéressant, c’est que maintenant on adopte les pratiques de Vauban dans le reste de Freiburg. Il y avait une petite centrale hydroélectrique au fil de l’eau juste derrière l’auberge de jeunesse où je logeais – en plein centre-ville!

Belle petite maison jaune et rouge - quartier Vauban, Freiburg

Bon, il faut remonter sur le vélo, les cousins Français sont impatients de me voir…

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Comment ménager le porc et le chou ? – km 4943

Ou est-ce plutôt comment ménager la chèvre et le chou ? C’est que des chèvres je n’en ai pas vu beaucoup en Pologne, mais du porc, j’en ai mangé et du chou aussi.

Le meilleur et le pire en Pologne, ce pays qui m’a donné tant de surprises. Un autre pays pour lequel, à prime abord, j’avais certaines craintes. On m’avait dit tout au long de ma route, alors que je parlais de mes destinations futures, « fais attention en Pologne, c’est dangereux! » Eh bien, si on fait attention, comme partout, c’est pas plus dangereux. Par contre, tout n’est pas rose non plus. Alors aujourd’hui, je vous présente le meilleur et le pire du deuxième plus grand pays de l’Union Européenne.

Alors, commençons par le meilleur, parce qu’il y en a beaucoup plus que de pire. Tout d’abord les gens et leur accueil. Je suis arrivé en Pologne de Lituanie en passant par des petits villages de campagne. Bien sûr, personne n’y parlait anglais (encore moins français), mais on essayait quand même de m’indiquer le chemin vers le prochain hôtel du mieux qu’on pouvait. Et rendu là, c’était la même chose – on allait tout faire pour que mon vélo soit en sécurité pendant la nuit. Alors mon vélo a couché dans un garage, dans un enclos, dans ma chambre, dans la cage d’escalier et dans une salle de réception. Des fois, on dirait qu’il avait plus d’attention que moi. Et avec les gens vient la nourriture. En Pologne, ces deux éléments sont indissociables et chose très appréciée par un cycliste qui a besoin de 3000 à 4000 kcals par jour c’est qu’on n’a pas à faire un choix entre quantité et qualité.

Mon deuxième soir en Pologne, j’étais dans un petit hôtel au milieu de nulle part et quand je dis nulle part, il n’y avait pas d’autres habitations visibles dans toutes les directions. C’est là que mon vélo a eu droit à la salle de réception. Le propriétaire / barman / serveur / homme à tout faire ne parlait pas vraiment anglais et le menu était seulement en Polonais. Je ne suis même plus sûr qu’il y avait un menu, juste un tableau. Comment se comprendre ? Tout d’abord, il y avait la soupe, pour ça, on a eu recours à internet et la fonction de traduction de google. Il fallait seulement pour moi éviter la soupe aux tripes. Maintenant pour le plat principal, j’avais le choix entre du porc, du porc ou du porc accompagné de pommes de terre (bouillies, pillées ou rôties). Il ne restait qu’à choisir la partie de porc. Rien de mieux que d’indiquer sur son propre corps. Le propriétaire / barman / serveur / homme à tout faire s’est pris la cuisse, les mollets, le cou, et la fesse. J’ai choisi le cou. Ah aussi, je voulais des légumes donc on s’est entendu pour une salade. Quand mon plat est arrivé, j’ai compris que salade voulait dire salade de choux en Pologne. Et surprise, j’en avais trois sortes : crémeuse, vinaigrée et combo choux-betteraves. Je me suis régalé…

J’ai reçu le même genre d’accueil chez Dan, un Warmshowers à Cracovie. Dan est un Américain du New Jersey dont les parents sont Polonais. Il fait sa maîtrise en Pologne. C’est beaucoup moins cher qu’aux États et peut-être plus appropriées pour des études en politiques est-européenne. Il avait quelques plats traditionnels polonais cuisinés par sa tante (qui habite en Pologne) dans le frigo. Un autre festin. Qu’est-ce que j’ai mangé ? Du porc dans du chou, ça avait l’air de la choucroute, mais ça ne goûtait pas du tout la même chose. Chez Dan, j’ai aussi découvert le « luxe » de l’ère communiste. Il habitait dans un appartement d’époque, donc pas rénové. Le concept est simple : deux grandes pièces, une servait de chambre pour toute la famille et l’autre de salon / salle de séjour. Ensuite il y avait la salle de bain (sans toilette, qui se trouve dans le couloir, à l’extérieur de l’appartement), mais avec un petit bain et un lavabo. Et c’est tout. Les petits vites vont avoir remarqué qu’il n’y a pas de cuisine. Illogique en Pologne pays de la nourriture? Pas vraiment, chaque édifice avait une cuisine communautaire où les femmes faisaient la popote ensemble – communisme oblige. Tous les appartements ont maintenant une « cuisine » à l’intérieur, mais celle-ci peut prendre différentes formes. Chez Dan, les armoires, le frigo et le micro-onde sont dans le portique et la cuisinière dans la salle de bain. C’est logique, c’est là qu’on retrouve le chauffe-eau et l’entrée de gaz. La toilette est toujours dans le couloir. Dan dors dans la chambre à coucher et Matt dans le salon. Ça fait qu’il faut passer par la chambre de Matt pour aller dans celle de Dan.

Une amie Polonaise m’avait dit de ne pas aller à Varsovie, car ça ne valait pas la peine. De ne pas manquer Cracovie et si possible d’aller à Wroclaw. C’était pas du tout mon plan original qui était d’aller à Varsovie et à Poznan, mais même les fous changent d’idée on dirait. Elle m’a bien vendu Wroclaw : « tu pourras aller rester chez mon frère » Et pourquoi pas ? Tout d’abord, Wroclaw a été une belle découverte. Cette partie de la Pologne a longtemps appartenu à l’Allemagne et dans le centre historique, on retrouve une des plus grande place d’Europe. Ensuite, la femme de Wojtek fait de l’excellente nourriture. J’imagine qu’on lui a dit qu’un cycliste mange beaucoup parce qu’il y avait tout le temps quelque chose à manger devant moi. Ça ne faisait pas 5 minutes que j’étais entré dans la maison le premier soir que j’étais assis devant un bol de soupe, suivi de pâtes et d’un dessert. Plus tard dans la soirée, en prenant une bière avec Wojtek, elle nous a apporté des noix et des viandes froides. Un peu plus tard il y a eu d’autres desserts. Le lendemain, je suis allé faire le touriste et suis revenu à la maison à 16:30. À 16:38, je mangeais des perogies. Je pensais que c’était le souper et qu’on mangeait tôt – erreur, le souper allait venir vers 19:00. Je pense que j’ai digéré pendant deux jours.

Wroclaw - Pologne

Maintenant, le pire de la Pologne : tout d’abord, il y a les chauffeurs. Que ce soit en auto, en moto ou en camion, ils se prennent tous pour des pilotes de formule 1 et conduisent vraiment comme si la route leur appartenait. Mettons qu’on laisse pas beaucoup de place au petit cycliste que je suis. Autant ceux que vont dans le même sens que moi et qui viennent me frôler que ceux qui roulent en sens inverse et qui dépassent en prenant toute la voie, même si le suis là. À quelques occasions j’ai même dû me tasser complètement de la route pour ne pas me faire frapper. Heureusement, j’ai trouvé une solution pour apaiser un peu le stress : une lumière rouge clignotante à l’arrière que je mets le plus à gauche possible sur mon vélo. Les chauffeurs pensent que la lumière est au centre du vélo et me laisse plus de place. C’est réglé pour ceux qui roulent dans le même sens que moi. Pour ceux en sens inverse, un phare blanc à l’avant, mais sans le faire clignoter (ça ferait trop vélo). Je pourrais être une moto ou une auto avec seulement un phare qui fonctionne (de ça il y en a beaucoup en Pologne) et magie, on ne dépasse plus devant moi. Toutefois, il y un autre élément négatif, un peu lié au premier, que je n’ai pas pu corriger : les routes sont en conditions exécrables. Généralement, il n’y a pas d’accotement, plein de trous sur la bordure ou des ornières qui font plus de 20 cm de profondeurs et qui ont créé un bourrelet aussi haut. J’avais l’impression de rouler sur un vélodrome tellement il y avait de pente sur le côté, C’est vrai qu’à l’occasion quelqu’un a fait l’effort de réparer. On bouche les trous. Une bonne pelletée d’asphalte et on roule une ou deux fois dessus avec un camion. Avec le nombre de trous et de réparations, c’est plus bosselé qu’une route de terre. Pour les ornières, on râpe la bosse. Ça laisse une belle texture, genre planche à laver – très agréable.

Le pire toutefois, on le retrouve dans un autre moyen de transport : le train. Vous allez vous demander pourquoi je parle de train alors que je suis à vélo ? Bien, j’étais un peu fatigué de rouler sur les mauvaises routes, il commençait à faire plutôt froid, donc j’ai pris le train entre Cracovie et Wroclaw et entre Wroclaw et la frontière avec l’Allemagne. Premièrement, les voies ferrées sont en aussi bonne condition que les routes.  Ça brasse pas à peu près. En plus, ça oblige les trains à ralentir. Même les trains « express » ne peuvent rouler à plus de 30 km/h sur certaines sections. Ça rend le voyage un peu plus long. Ensuite, on n’a pas toujours le même niveau de confort dans les trains. Il y a trois types de train : les inters cités express qui arrêtent seulement dans les plus grandes villes, sont des équipements plus modernes et vont généralement les plus vite. Ensuite, il y a les inters cités qui arrêtent dans un peu plus de stations et donc roulent en moyenne un peu moins vite. Enfin, il y a les trains régionaux. Même les Polonais vous diront qu’on ne trouve rien de pire nulle part. Ces trains arrêtent dans toutes les gares, les wagons sont vieux et comme les billets coûtent presque rien, c’est surtout utilisé par la classe ouvrière. Là je ne veux pas faire de démagogie, ce sont des Polonais qui me l’on expliqué. La classe ouvrière n’est pas pire que la classe moyenne, sauf qu’ils fument un peu plus que les Polonais moyens qui fument déjà beaucoup et dans quelques boivent un peu plus. Je ne généralise pas je vais donner des exemples. Mais avant, quelques mises au point. Il est interdit de fumer dans tous les lieux publics en Pologne, y compris les trains. Toutefois, il y a peu de contrôle dans les trains régionaux et surtout dans le wagon à bagage / vélo / poussette / chaise roulante (la moitié arrière du wagon et pour les bagages et la moitié avant à des bancs comme un wagon normal). Comme j’ai un vélo et que je ne veux pas le laisser tout seul, je voyage dans le compartiment à bagages avec les Polonais qui s’en servent comme d’un fumoir. Dans le premier train régional que j’ai pris, on était trois à avoir un vélo. Dont moi (bien sûr) et un nageur d’une équipe provinciale qui s’entraîne à 100 km de chez lui – il était un des seul à parler anglais dans le compartiment et m’a expliqué certaines choses. Ensuite, il y avait quelques fumeurs et un jeune homme dans la vingtaine avec sa soeur sur le point d’accoucher. C’était un jeudi, en fin d’après-midi juste avant un vendredi férié. Plusieurs personnes se prenaient une petite bière, mais lui a bu tout seul une petite bouteille de vin d’un litre. Il fumait bien sûr et a décidé à un moment de chanter en anglais – pour que je comprenne. Mettons que du Scorpion chanté par un Polonais saoul qui ne parle pas un mot d’anglais et qui pense qu’il connaît les paroles c’est douloureux. Heureusement, il ne faisait que les deux tiers du trajet. Puis quand je dis heureusement, c’est autant pour moi que pour lui. Pas beaucoup de banc dans le compartiment à bagages et dans train qui brasse à cause de la voie ferrée bosselée et que l’équilibre est affecté par l’alcool ça donne quelques contacts visage – sol. Il s’est pété la gueule solide.

Froid matin à Cracovie

Je pensais avoir tout vu jusqu’à ce que je prenne mon deuxième train régional un peu plus tard en soirée. J’étais maintenant le seul vélo dans le compartiment à bagages et tous les autres occupants (une douzaine) étaient des fumeurs. Pouah, pas facile de respirer. C’est pas le pire. Au fur et à mesure que le train avançait de station en station, les gens devenaient de plus en plus nerveux et regardaient de plus en plus dans l’allée de la section avec des bancs. À un moment donné, quelqu’un dit quelque chose et dès que le train arrête en gare, presque tout le monde descend du compartiment. Le contrôleur s’en vient et de toute évidence ils n’ont pas de billet. En fait, je suis le seul dans le compartiment à bagages à avoir un billet valide. Trois autres passagers sont restés dans le compartiment pour affronter le contrôleur. À son arrivée, ils ont négocié avec lui (j’imagine, c’était en polonais) et ont quittés le train à la gare suivante. Par la suite, j’étais tout seul dans mon compartiment, pas de fumée et pas de wannabe chanteur de Scorpion.