Je descends dans le sud sur le plat – km 4449

Dernière étape dans les pays nordiques – Helsinki. Malheureusement, la température n’a pas mis la ville en valeur et mon séjour là a été un peu décevant. Il pleuvait, il ventait et on ne voyait pas très bien. En plus, il faisait froid. J’ai donc encore une fois sauter sur un traversier (ou était-ce encore un casino flottant?) pour traverser le golfe de Finlande pour me rendre à Tallinn. J’avais beaucoup d’appréhensions avant d’aller dans les états baltes. Ces ex-républiques soviétiques, indépendantes depuis 1991, sont des nids de mafia russe où la population est si pauvre qu’elle n’a plus aucun respect pour la propriété d’autrui. La question n’est pas si, mais quand j’allais me faire voler tout ce que je possède. C’est ça qu’ils disaient avant que j’arrive et « ILS » ont toujours raison – biensûr !!

C’est beau en Eesti – là je vous entends dire : « bon il devient grivois et tombe dans la facilité. » Pas du tout ! Eesti, c’est Estonie en estonien. Sérieusement, Tallinn est un petit joyau de ville médiévale superbement bien conservé malgré toutes les guerres et l’occupation successive des Russes, des Allemands et des Soviets. Ça fait un peu disneyland, il y a des restaurants thématiques médiéval dont le plus important où tous les employés sont habillés d’époque, la bouffe est d’époque et les méthodes de préparation de la nourriture sont aussi d’époque, il n’y a même pas d’électricité dans la salle à manger – on s’éclaire aux chandelles. Et bien, je n’y suis pas allé. Ça fait drôle à dire, mais j’avais pas le goût de jouer au touriste. Je suis plutôt allée voir un match de soccer Allemagne – Belgique dans un pub de sport tenu par un Australien. En fait, j’ai découvert en arrivant au pub qu’il y aurait un match. Pour faire honneur à mon beau passeport bourgogne, je ne pouvais pas rater ça. Je me commande des ailes de poulet et une bière A. LeCoq (100% estonienne – malgré le nom) et je m’installe devant un des multiples écrans de télé. Et là j’entame une conversation avec mon voisin, Lukas, un Américain, à demi Allemand qui est économiste au FMI et qui est en mission à Tallinn pour faire l’évaluation de la situation économique et des perspectives de l’Estonie. On a parlé de soccer, de vélo (un autre qui se sert de son vélo tous les jours pour aller travailler), d’économie mondiale (particulièrement dans les pays baltes), de développement durable, des contraintes imposées par le FMI et la Banque Mondiale aux pays qui bénéficient de le fonds, mais pas une seconde de DSK. Je ne m’attendais pas à ça un petit mardi soir en Estonie. Soirée assez intéressante, j’ai maintenant un ami au FMI à Washington et je pense qu’il est parti du pub sans payer… je pensais pourtant qu’ils avaient des comptes de dépense au FMI ?

Après trois jours à vivre dans un grenier du 16ième siècle, c’est le temps de partir. Souvenez-vous, il fait froid et le sud m’attend. La route entre Tallinn et Riga (en Lettonie) et droite te plate. Je crois qu’il y a au maximum 3 mètres de différence de hauteur entre les deux villes sur 300 km. Si ce n’était de la courbe de la terre, on pourrait voir Riga de Tallinn par une journée claire. Et bien, j’ai quand même eu quelques défis. Le premier, trouver un endroit ouvert où coucher. Le premier soir, encore en Estonie, j’ai du faire près de 100 km et rebrousser chemin sur 5 km avant de trouver quelque chose. Au moins j’avais un bon vent de dos (sauf pour le 5 km dans l’autre sens). Et j’ai trouvé un petit B&B où les propriétaires, à la retraite avaient des ruches et faisaient leur propre miel. Belle petite récompense dans le thé le matin ! Ah, j’oubliais, même sur une route plate, sur 100 km on peut avoir des surprises – comme un Grand Duc d’Europe qui s’envole à environ 3 mètres de moi. J’ai pas souvent vu un oiseau si majestueux. Pas eu le temps de le prendre en photo, mais je l’ai gravé dans ma mémoire.

Une autre journée de 100 km sur la route plate. Pour être sûr de pas devoir chercher une place pour la nuit sur 50 km, j’arrête à l’information touristique dans une petite ville après 30 km sur la route. La gentille madame me dit que même si la plupart des hôtels et B&B sont fermés pour la saison (l’été est fini, qu’elle me dit), il y en a certainement quelques-uns d’ouvert avant la frontière (70 km plus loin) – j’espère. Au pire, il y a une auberge de jeunesse sur le côté estonien de la frontière. Ben elle se trompait la madame. Après 40 km, je croise la première recommandation – fermé. Il devrait y avoir la deuxième suggestion dans 10 autres km – fermé aussi. Deux villages plus loin – niet rien. Il est 16h et je me dis qu’il y a l’auberge de jeunesse dans 15 km sur la frontière. Devinez quoi? Fermé. Il y a un espèce de restaurant/dépanneur sur la frontière où je vais m’informer. Le gentille madame du dépanneur me suggère les mêmes places que la madame de l’information touristique. Je lui demande et de l’autre côté de la frontière ? Elle ne sait pas, elle n’est jamais allée de l’autre côté de la frontière. On fait quoi maintenant. Je songe sérieusement demander si je peux coucher là, c’est ouvert 24h. Il reste peut-être 45 minutes de clarté, je vais aller explorer de l’autre côté de la frontière… À la frontière il y avait un policier qui faisait des contrôles de sécurité. Il n’a même pas eu le temps d’essayer de m’arrêter, je l’ai pris de vitesse! Bonjour, est-ce que vous savez s’il y a hôtel ou quelque chose près d’ici ? Oui oui, il y a un hôtel à environ 700 mètres qui devrait être ouvert, sinon il y en a un qui est ouvert dans 10 km. Merci monsieur le douanier (ou policier). Je vais essayer le 700 mètre – merci. Ben je l’ai pas trouvé sur la route qu’il m’a donnée et je me suis dit que quelque chose clochait quand j’ai vu une pancarte qui disait Bienvenu en Estonie (j’ai traduit). On fait demi-tour et enfin je le trouve. Ça aurait été plus facile si l’enseigne avait été allumée… Fermé ! non, il y a un papier dans la porte. Il faut juste appeler au numéro de téléphone… Ça été long et en passant par l’épicerie pour se servir d’un téléphone, la propriétaire vient m’ouvrir l’hôtel. FIEW. Et un restaurant que je lui demande ? Le bar de l’autre côté de la rue sert de la bouffe. Tout est bien qui finit bien… sauf que la cuisine ferme à 18h au bar de l’autre côté de la rue et qu’il est maintenant 19h. Ça doit être fait pour des journées comme ça les sardines d’urgence dans mon sac…

Les deux prochains jours sur la route se passe bien. Je longe la côte de la mer Baltique et c’est beau aussi en Lettonie. Il vente un peu par contre. Je me fais même dépasser par un gars en kitesurf, moi sur la route, lui sur l’eau, il va pas mal plus vite que moi. Je me demande, est-ce que ça marcherait sur un vélo une voile de kitesurf ? Je réussi à trouver une chambre sans problème dans une auberge du petit village de Saulkrasti. Il parait que c’est noir de monde ici l’été et ça devient plus calme à l’automne. Au moins, y’a quelqu’un qui a compris que si tout est fermé sur la côte SAUF à Saulkrasti, les touristes qui cherche quelque chose iront à Saulkrasti – peut-être ? Et à l’auberge, quand j’ai demandé jusqu’à quelle heure le restaurant était ouvert. On m’a répondu : jusqu’à quelle heure je voulais que le restaurant reste ouvert ? Enfin on travaille pour moi… lendemain matin, avant de quitter pour me rendre à Riga, je vais visiter le musée du vélo de Saulkrasti. Quand j’arrive, c’est fermé, mais on ouvre juste pour moi – je suis le premier visiteur de la semaine. Le musée est magnifique, c’est la collection privée d’un passionné de vélo qui au fil des ans a amassé tout ce qu’il pouvait trouver en terme de vélo d’avant la deuxième guerre mondiale, de pièces (certaines encore dans l’emballage d’origine), de clochettes et plein d’autres choses. Il a même reproduit un atelier de réparation et une boutique dans son musée. Si vous passez jour par Saulkrasti, allez voir son musée du vélo – ça vaut vraiment la peine.

Musée du vélo de Saulkrasti

Après ma visite, direction Riga où je n’ai même pas vraiment à chercher un endroit pour coucher. Je vais dans une auberge de jeunesse et j’ai fait des recherches et il y en a pleins d’ouvertes dans la vieille ville. Par contre, il faut que je m’y rende à Riga… Sur la route, le vent ne coopère pas, mais c’est pas mon plus grand souci. Étrangement, il y a beaucoup de voiture de police sur la route et elles vont dans les deux sens. À l’occasion j’en vois une qui part après un chauffard qui ne semble pas ralenti par le vent. Et j’entends une voix qui sort du haut-parleur d’une voiture de police derrière moi. Je vais traduire pour vous, parce que c’était en lettonien : « Aye le mec, tasse-toi si tu veux rester en vie parce que le camion que j’escorte dépasse un peu de ton côté » Je regarde derrière moi, et même si j’ai pas bien compris ce qu’il disait, j’ai compris qu’il fallait que je me pousse. Les policiers escortaient un camion qui transportait une machine quelconque et prenait toute la route (les deux côtés et un peu plus).

Riga, autre joyau méconnu – avec encore une superbe vieille ville. Ici la vieille ville a été complètement reconstruite après la guerre pour devenir la plus grande concentration d’édifice d’architecture baroque en Europe. C’est beau, mais y’a autre chose à voir à part la vieille ville. Il y a un concept, la visite de la ville avec une guide à la valise jaune. On vous amène hors des circuits touristiques et on donne ce qu’on veut à la fin. Donc on commence dans la vieille ville, pour se diriger vers le marché public : 5 anciens hangars de Zeppelin convertis. On y trouve de tout et dans la section des poissons et fruits de mer, la fraîcheur règne. Certains poissons sur la glace respirent encore et les anguilles grouillent dans leur bac. Ensuite, direction du marché de nuit – ouvert 24 heures, si on a besoin de patates à 4 heures du matin… on sait jamais…. Et par la suite, le marché noir (c’est son nom), ici on trouve – en cherchant un peu à peu près n’importe quelle scrape et des nouveautés comme le Ipab 3 et un Iphon 5. La guide nous dit qu’ici c’est mieux de pas prendre de photos, les gens du marché n’aiment pas ça. On se rend ensuite dans quelques autres quartiers de la ville pour découvrir la seule église de bois de Riga qui a dû brûler et être reconstruite une dizaine de fois. Pour le reste de la visite, il faudra le découvrir par vous-même. Vous n’avez qu’à vous pointer à midi devant l’église St-Pierre et cherchez la valise jaune… (freetour.traveller.ee)

La route vers Vilnius change un peu, enfin des côtes et des courbes pour faire changement. J’ai environ 300 km pour rejoindre la capitale de la Lituanie. Y’a un petit pattern qui se développe ici si vous remarquez – 300 entre chaque capitale (et je parle même pas de Varsovie encore…). Y’a un peu de vent sur la route et les côtes, bizarrement, me font vraiment du bien. Par contre mon plus grand défi arrive. Jusqu’à maintenant, aucun problème avec la mafia. En fait les gens sont super accueillant et gentils et je ne me sens jamais en danger – tout le contraire de ce qu’on m’avait dit. Maintenant, je dois passer par Panevezys – la Chicago de Lituanie. Chicago, comme dans le temps d’Al Copone, ça tire dans les rues pis tout pis tout. À part le fait que j’ai vu là plus d’audi A8 que nul part ailleurs, pas de problèmes. Et le plus drôle, je vais au bureau de tourisme (j’en ai fait beaucoup depuis le début de mon voyage) et la madame m’aide à trouver un endroit où passer la nuit – le centre de la culture et des sports, c’est là que les athlètes des équipes nationales en visite logent, pour la modique somme de 8$ la nuit, et me fournit un paquet de cartes routières. Je lui dis que je vais à Vilnius et elle me dit « Vilnius is bad »… pis moi qui avait peur d’aller à Panevezys. Belle petite ville universitaire avec un parc en plein centre et un amphithéâtre de basketball à faire saliver les fans des Nordiques. La ville respire le basketball, du basket dans tous les bars et tous les restaurants tout le temps, pis si il faut, on met des reprises. Ça me faisait penser à Alexis et JP et nos games du mardi midi à McGill…

Il reste quelques dizaines de kilomètres avant de rejoindre Vilnius. Ici, la chance encore, je vais coucher chez Viktoras – un gentil membre de Warmshower, qui vit avec 5 amiEs dans une vieille maison de bois toute déglinguée DU quartier de Vilnius. Ses voisins, des ambassades et d’autres maisons de bois encore plus déglinguées. Il reste encore un peu de travail d’urbanisme et de rénovation à faire. Je suis accueilli par une douche, un plat de pâtes et on va boire quelques bières avec un de ses colocs. Pour accompagner la bière il ne faut surtout pas oublier le pain frit au fromage. C’est quoi ça ? C’est du pain coupé en bâtonnets, frit dans l’huile et sur lequel on met du fromage râpé qui fond sur le pain chaud. C’est un peu comme de la poutine, sans la sauce, mais avec le cholestérol !!

Vilnius, la plus grande capitale des trois, et je crois la moins intéressante (à mon goût). Ici, je passe une journée à visiter en touriste. Y’a une cathédrale, plein d’autres églises, des rues en pavée, un château, une colline avec trois croix et une très belle université avec plein de coures intérieures. Aussi, le clou de Vilnius, la Res Publika d’Uzupio. Un quartier d’artiste qui a sa propre constitution, ses propres règles et son propre charme. J’ai l’air blasé comme ça, mais ça vaut la peine d’être vu. Pourtant, j’ai été plus impressionné le lendemain quand je suis allé à Trakai où on trouve le seul château construit sur une île de toute l’Europe de l’est. Et le château est impressionnant surtout qu’il a complètement été reconstruit entre 1962 et 1992. Un travail titanesque. Après cette courte pause, il me faut retourner sur la route, je dois encore rejoindre la Pologne et éventuellement me rendre dans le sud.

Château de Trakai - Lituanie

Et j’espère qu’il n’y aura pas autant de chien sur ma route. Et c’est comme ça depuis que je suis arrivé en Lituanie. Au début ça surprend, wouf wouf wouf, et le chien qui veut arracher sa chaîne. Pas de problème, il est attaché. Et puis le suivant, qui lui n’est pas attaché part et longe la clôture – j’espère que la porte est fermée… Fiew, elle l’est. Et le suivant un peu plus petit qui jappe un peu plus et le gros qui jappe plus fort et le vieux qui ne bouge même pas et là y’a celui qui n’est pas attaché et qui n’a pas de clôture. Lui, il fait accélérer le pédalage. J’ai pas le goût de me faire mordre le mollet. C’est un petit, je vais plus vite que lui, ou c’est un petit qui ralentit ses ardeurs lorsqu’il m’approche ou oups ils sont deux, assez gros et ils vont pas mal plus vite que moi. On roule encore, maintenant en plein milieu de la route, en espérant qu’il n’y ait pas de voiture ou de camion extra-large et on leur parle. Non non non, vas jouer ailleurs. Je pense qu’il fallait seulement dépasser les limites du terrain. Fiew – pour l’instant, j’en ai eu pour 200 km de chiens…

Finalement, mes craintes n’avaient aucunes raison d’etre. J’ai découvert trois merveilleux pays, j’ai été super bien accueilli et je recommande à tous les aventuriers d’aller les découvrir.

Alors que j’écris ces lignes, je suis déjà rendu à Varsovie en Pologne, mais je pense que c’est assez d’aventures pour une soirée… la suite prochainement.

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5 réflexions au sujet de « Je descends dans le sud sur le plat – km 4449 »

  1. Assez impressionnant ce récit et que d’aventures. On peut ressentir ta passion et un peu de fatigue dans tes jambes!!!

    Merci pour ce beau résumé et lâche pas…le sud s’en vient!!!

  2. Je te lis avec beaucoup d’intérêt, c’est vraiment passionnant ton récit ! J’anticipe déjà tes impressions de Varsovie. Bonne route!

  3. tu m’as fait peur, je pensais que tu allais coucher dehors comme un des tes amis chiens. j’attend encore des photos de tes jambes marquées par 4449 km de route et de vent… tu en manges des kilos, ça m’impressionne.. je n’oserai plus aller faire du vélo de route avec toi.

  4. Très cool Erick, comme d’hab. Les chiens en vélo, c’est chien.

    C’est vrai qu’il y a certaines anciennes républiques soviétiques qui sont complètement folles de basket, mais la Lithuanie est la plus connue, et la meilleure sur la scène internationale. Ils ont battu les USA aux Olympiques en 2004! Les Raptors viennent d’ailleurs de repêcher un jeune prodige Lithuanien de 19 ans au dernier draft… il a ensuite été nommé le meilleur joueur du Championnat du monde des U-19!

    à bientôt vieux

    alexis

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